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mardi 28 janvier 2020

Pierre Falardeau en Catherine Dorion



Notes festives et terribles pour une réflexion sur les contrefaçons


  Le contraire de la douceur n’est pas la brutalité ou la violence même, c’est la contrefaçon de la douceur : ce qui la pervertit en la mimant.
Anne Dufourmantelle[1]

(N.B. Pour avoir accès aux notes de bas de page, il ne faut pas cliquer sur l'appel de note, mais se rendre à la fin du texte où se trouvent les notes. Désolé!)

Terrible temps des Fêtes. Cette convivialité institutionnalisée et marchande permet  quand même des échanges et des discussions enrichissantes, tout en festoyant. Et on aime tant festoyer, par tous les temps, surtout par sombres temps. « Les temps sont durs mais modernes », écrivait Peter Sloterdijk[2]. Homo oeconomicus engendre homo festivus, et il n’a pas fini de nous étonner, de nous émouvoir, de nous exaspérer. Il adore en tout cas se déguiser, se travestir, s’éclater pour tromper l’ennui que sécrète son existence désincarnée, sans gravité, liquide. Je parle de nous tous, bien sûr, personne n’échappe vraiment à l’ennui et à ses stratégies d’évitement, qui peuvent être terribles. « Plutôt la barbarie que l’ennui », s’écria le maître de Charles Baudelaire, Théophile Gautier. Selon l’historien de la culture et de la littérature George Steiner, ce cri résonne au XIXe comme une prophétie  des horreurs qui allaient s’accomplir moins d’un siècle plus tard[3]. Aujourd’hui, n’est-ce pas encore pour combattre l’ennui que les déguisements et les contrefaçons pullulent? Allez savoir ce qu’annoncent ces mauvais présages. Il apparait cependant assez mal venu d’en rire ou même d'en discuter, ce qui est en soi assez inquiétant. Heureusement, la vie de l’esprit offre toujours la possibilité de faire des pas de côté, mais peu s’en prévalent, à moins que ce soit la clameur médiatique qui recouvre les voix dissonantes. Fred, un garçon charmant, m’a quand même beaucoup fait rire lors d’un souper bien arrosé en associant le non-conformisme de Pierre Falardeau à celui, disons ostentatoire, de Catherine Dorion.

Ce rapprochement me sembla naître d’un malentendu du discours politique de l’une et de l’autre. Je rappelai à Fred que le cinéaste et polémiste comparait, il y a longtemps déjà, Françoise David à Mère Teresa, manière de dire qu’elle était la zélote d’une organisation politique ambiguë qui, disait-il, était plus missionnaire que de gauche, voire carrément hypocrite (sur la video, entre les minutes 1:20 et 4:42). Je rappelai à Fred que Françoise David avait été la  présidente-fondatrice d’Option citoyenne avant de cofonder et de codiriger Québec solidaire, la formation politique que représente Catherine Dorion à titre de députée à l’Assemblée nationale. C’est d’ailleurs dans ce décor idoine qu’elle exécuta son petit numéro d’Halloween. J’avoue que Falardeau me semblait souvent défendre un nationalisme revanchard qui nuisait à la cause qu’il défendait, escamotait surtout une réalité sociohistorique importante. Comme le rappelle aujourd’hui  le philosophe Alain Deneault, il y a une différence significative entre le colonisé et le colon prolétarisé. Mauvaise nouvelle pour la doxa nationaliste : le colon prolétarisé caractérise le Québécois, l’héritier de celui qu’on  appelait jadis le Canadien, puis le Canadien français. Contrairement à ce que nous a fait croire une historiographie sommaire de la décolonisation, il occupe plutôt une position intermédiaire sur la chaîne de la domination politique. Celle-ci est « très difficile à assumer du point de vue de la conscience, explique Alain Deneault, parce qu’il n’est pas vraiment le dominé, comme l’est l’Autochtone. Mais il n’est pas non plus l’actionnaire de sociétés ferroviaires [ou de n’importe quel autre secteur industriel, j’imagine]. On est entre l’arbre et l’écorce, parce qu’on profite de la colonie sans en être vraiment responsables. C’est pourquoi on a de la difficulté à l’admettre et à le conceptualiser afin de s’en sortir et de façonner les choses autrement[5]. »

L’observation d’Alain Deneault permet d’ouvrir une large fenêtre sur l’institution imaginaire de la société. C’est l’identité politique du  Québécois qui se trouve entamée,  sa fameuse spécificité ‒ privilégiée ? ‒ de dominé, celle qui inspira par exemple le lyrisme du « québécantrope » de Gaston Miron, « ce garçon qui ne ressemble à personne ».  Et si on ajoute à cette remarque judicieuse de Deneault l’analyse d’un Jacques Ellul par exemple, affirmant il y a déjà un demi-siècle que c’est l’ensemble de l’humanité qui est désormais prolétarisée, aliénée à l’idéologie technicienne qui surplombe et détermine toutes les relations humaines, on est pris de vertige quand il s’agit de s’entendre sur des luttes politiques. Grand connaisseur de Karl Marx pour l’avoir bien étudié et longuement enseigné, Ellul disait notamment que les marxistes d’après-guerre et à la mode dans les années 1960-70 se trompaient de révolution. Si Marx avait raison en son temps d’en appeler à la lutte des classes, au XXe siècle le grand enjeu est beaucoup moins de combattre la bourgeoisie pour s’emparer des moyens de productions, que de sortir du productivisme et de l’idéologie technicienne qui déshumanisent radicalement l’existence, tout en provoquant  des désastres écologiques irréversibles (en plus d’être un des plus grands sociologues du XXe siècle, Ellul est considéré comme un pionnier de l’écologie politique). Ce qui ne veut pas dire que les classes sociales n’existent plus, mais qu’il ne suffit pas que les dominés renversent les dominants pour recouvrer le sens de la liberté, de la dignité et de la responsabilité politique.

Mais aujourd’hui, au lendemain des Fêtes et en dépit de cette nuance majeure apportée par les seuls Deneault-Ellul, il me semble qu’à bien des égards Pierre Falardeau faisait preuve de clairvoyance et de sensibilité politique, bien au-delà de son discours étroitement nationaliste. S’il est probable qu’on n’arrête pas de se tromper de révolution, certaines révoltes sont plus fortes que d’autres.

Pierre Falardeau voyait très bien comment le colonialisme aliénait tout le peuple québécois: Autochtones, Canadiens français, immigrants et, au sommet de la pyramide, les possédants, toutes origines ethniques et sexuelles confondues, ceux et celles que Falardeau appelle dans son terrible Temps des bouffons  « les rois nègresbiculturels ». Un trait commun donc : aliénation au colonialisme, au déploiement de ses industries comme de son spectacle, de son imaginaire. L’objectif de ce colonialisme était ‒ est toujours ‒, de fabriquer l’homme nouveau, émancipé de toute affiliation à l’ancien monde. Celui-ci avait certes d’immenses défauts, mais pas de tout mesurer à l’aulne de la raison raisonnante, de la défense ses intérêts bien compris. On peut reconnaître chez ce colon prolétarisé, ce moderne absolu, l’héritier ou l’avatar d’homo oeconomicus né aux alentours du  XVIIIe siècle dans les éprouvettes de la raison instrumentale. Celle-ci forge l’axiome de la civilisation libérale et de la religion du progrès. Et qui dit religion, dit fidèle, c’est-à-dire le zélote du saint progrès ou de la modernité triomphante, celui que Philippe Muray a appelé le « moderneur » dans une de ses dernières nouvelles, « Comment je me suis arrêté[6] ».

Fred m’écouta patiemment, puis on évoqua la force de dérision du court-métrage de Falardeau où il montre et commente l’élite politique et affairiste montréalaise dansant bras dessus bras dessous au très Canadian et très chic Beaver Club. L’effet grotesque de la mascarade est foudroyant : « Applaudissons-nous. We are magnificient people », clame le président de la cérémonie, Roger D. Landry, directeur à l’époque du quotidien  La Presse.

Le lendemain matin, repensant à ma discussion avec Fred, une idée fit irruption :  Falardeau vivant pourrait-il mettre en scène Catherine Dorion et ses solidaires collègues dans un Nouveau temps des bouffons ou un Temps des nouveaux bouffons et nouvelles bouffonnes ? Je me disais que ce numéro de déguisement à l’Assemblée nationale amenée par Catherine Dorion est d’une superficialité grotesque qui mériterait d’être tourné en dérision. Il dénote une adhésion servile non plus au biculturalisme que vomissait Falardeau, mais au multiculturalisme triomphant que produit le capitalisme mondialisé : doctrine made in Canada instaurée par le fédéralisme de Pierre-Elliot Trudeau pour contrer explicitement le mouvement indépendantiste québécois[7] et, qui sait? une possible alliance avec les peuples autochtones contre la technocratie canadienne ‒  en plus de sous-tendre et d’ériger une seule et unique norme à l’aulne de laquelle le monde entier doit se soumettre: la sainte économie dans l’Évangile néolibéral, mais néanmoins nihiliste.

La culture n’est pas un fait social en marge de l’économie politique, elle en fait partie, elle l’habite et l’habille; culture et économie politique forment un tout dont le langage, la parole, est le cœur : ce qui se dit et ne se dit pas, se pense et ne se pense pas. Or, Catherine Dorion incarne à merveille la version QS de la vision politique de Justin Trudeau, sorte de Beaver Club à l’échelle de tout le  pays, même si c’est à son corps défendant. Mais comment est-ce possible? Ce ne sera pas la première fois dans l’histoire récente que ladite opposition au pouvoir, au nom de l’émancipation, en renforce la poigne.

Depuis Mai 68, tout un courant de la gauche culturelle et de la contre-culture s’est mis au service du nouvel esprit du capitalisme en travaillant à intégrer, dans le travail et la vie privée, les nouvelles technologies de l’information et des communications : travail dit autonome, délocalisation, entrepreneuriat, réseaux sociaux, mobilité assortie du culte des droits des minorités autoproclamées et de la lutte contre toutes les discriminations[8]. C’est ainsi que la gauche identitaire seconde l’atomisation de la société nécessaire à la fluidité des capitaux, des biens, des services et des populations : accumuler, circuler, jouir sans entraves sont des synonymes dans ce grand processus de contamination des mots par l’hégémonie culturelle.

Les nouveaux maîtres du monde et leurs spin doctors sévissent dans les entourages de la Silicon Valley ou du Mile-Ex, dans les studios de design au service des multinationales du divertissement et du technocapitalisme, intelligence artificielle et tout le bazar. Ils travaillent en gougounes, ouaté, une tuque ou un hood sur la tête, tatoués de la tête aux pieds, des anneaux dans le nez et autour des yeux, de la bouche et des oreilles. Probablement en trois-pièces ou en tailleur à l’occasion, mais plus personne n’y croit vraiment. Grand bien leur fasse, aux uns comme aux autres, là n’est justement pas le problème. Pourquoi? Parce que c’est dans la « com » que ça se passe, dans le marketing sociétal, la concurrence des lobbies se substituant à la politique. C’est là qu’on fabrique le conformisme au nouvel ordre du monde en le rendant acceptable, désirable, cool.  La « com » et le marketing sociétal qui prolifèrent notamment sur les réseaux sociaux: tel est l’habit dont le roi est aujourd’hui affublé[9]. Je parle ici de rhétorique persuasive, pas de cas individuels.

Il est donc urgent dans le débat public de distinguer l’idéologie multiculturaliste de la pluralité sociale. Ce que font Alain Caillé et Philippe Chanial en distinguant  « reconnaissance des cultures et des identités » et  « la nouvelle mode managériale de la diversité culturelle, cette forme marchande, et probablement lucrative, du politiquement correct[10]. »  Et pour reprendre une de leur question dans le même ouvrage, « Le multiculturalisme est-il soluble dans la démocratie? ». Assurément pas dirais-je, si ce multiculturalisme confine au communautarisme, à des communautés étanches, repliées sur des identités de plus en plus chimériques, car déracinées de leur histoire. À cette histoire, le marché mondialisé substitue des fantasmes d’existences désincarnées, sans corps, ni âme, ni monde. Ne restent plus que le folklore, des lambeaux de costumes, des tessons d’histoire et une infinie mélancolie de véritables relations au monde. Celles-ci, il est vrai, sont faites de contraintes et de conflits, mais aussi, parfois, et pour les mêmes raisons, d’étonnement, d’éblouissement, de créativité. C’est de démondialisation davantage que de mondialisation dont il faudrait parler, de la disparition de ce qui fait un monde, et sans lequel personne ne peut vivre, ni les individus ni les peuples. « Car c’est seulement au sein d’un peuple qu’un homme peut vivre en tant qu’homme parmi les hommes, s’il ne veut pas mourir d’épuisement. Et seul un peuple vivant en communauté avec d’autres peuples peut contribuer à établir sur la terre habitée par nous tous un monde des hommes créé et contrôlé en commun par nous tous[11]

Cela dit, je trouve habilement suggestive la photo de Catherine Dorion la montrant assise sur la table du Salon rouge, la jupe tirée sur la cuisse juste ce qu’il faut pour dénoncer le cliché de la femme-objet. Que celles qui portent des jupes ‒ et ceux qui les zieutent ‒ se le tiennent pour dit. Ce discours, qui se réclame du féminisme et de la gauche radicale, n’hésite pas à prendre des tonalités d’intégrisme décomplexé. D’ailleurs, cette mise en scène vise clairement à rendre le voile islamiste acceptable, à en dénier sa signification militante sinon militaire ‒ au diable les musulmanes et musulmans qui se battent pour la laïcité au risque de leur vie! L’intention de Catherine Dorion  a d’ailleurs été explicitée par Gabrielle Bouchard, la personne jouant le rôle de présidente de la Fédération des femmes du Québec. «Le coton ouaté, c’est cute, dit-elle, ... mais le voile, c’est vraiment badass. Mardi prochain, portez le voile[12] ».

Démonstration par l’absurde et au mépris de la grande tradition socialiste : la jupe, le voile, le sexe, tous les « uniformes » se valent sous le signifiant de la soumission et… de la contrefaçon. Hans Christian Andersen doit se retourner dans sa tombe…

 Ces « badass [13]» de la contrefaçon oublient que la mission historique de la gauche, aujourd’hui hantée par le fantôme de la liberté, était de travailler à l’intégration du plus grands nombre à un projet « républicain ». Ce projet éduque et invite à participer à la chose publique ‒ la politique ‒, autour d’intérêts communs déterminées par le débat, la culture en général, l’histoire. Or la laïcité, la liberté de conscience, appartient à l’héritage républicain autour duquel se construit le projet de démocratie, évidemment fragile. Elle ne vise pas à supprimer la religion de l’espace public, mais à la circonscrire dans les institutions où ce sont des hommes et des femmes qui assument librement, tant bien que mal, l’organisation sociale ; ils se mettent ainsi à l’abri d’un absolu divin, mais surtout  des fondamentalistes qui s’imposent comme les porte-parole incontestables de Dieu. Et c’est ne rien dire encore des religions à l’origine des grandes doctrines sociales : le socialisme, le communisme, le libéralisme, l’anarchisme. Nos sociétés fonctionnent aux croyances (« crois ou meurs », « marche ou crève »), mais il est salvateur pour la  démocratie, comme pour la spiritualité laïque, de pouvoir soulever ce qui cherche à en voiler les mécanismes.

Parlant de croyances... Selon une certaine tradition hassidique, Dieu aurait inventé les hommes pour qu’ils se racontent des histoires, et Lui en racontent[14]. Dieu pourrait bien être un enfant qui n’a rien à cirer des problèmes politiques de la vie des hommes et des femmes, à moins qu’ils se présentent sous la forme de contes : « Il y a de longues années, vivait un empereur qui aimait par-dessus tout être bien habillé. Il avait un habit pour chaque heure du jour. », etc. À nous, pauvres humains, d’assumer ce « tendre soucis pour le monde » (Hannah Arendt), puis de s’en divertir en se racontant des histoires à propos de tout et de rien, y compris de Dieu. D’ailleurs, Dieu peut tout et ne fait rien, sauf pour ceux qui ont la foi. Ne pas laisser le sacré prisonnier des cachots des religions ni des doctrines sociales est également sacré. À défaut d’y croire soi-même, on peut croire en ceux et celles qui y croient.

Il faut l’innocence d’un enfant pour oser dire que le roi est nu, dit Andersen.  Il est donc vrai que tout projet véritable de laïcité devrait commencer par s’émanciper de la religion de l’économie. C’est dire que la laïcité selon le gouvernement de François Legault est elle-même une contrefaçon de la laïcité, mais qu’il est absurde d’en prendre le contre-pied sur la signification du voile islamiste.

La députée de l’extrême gauche identitaire aura beau danser sur la table pour égratigner son verni jaunissant avec ses faux talons aiguilles, se tailler une burka dans les drapeaux du Salon rouge, elle ne fera toujours que revêtir la démocratie parlementaire déficiente de la nouvelle esthétique mondialisée, qu’y faire entrer les habits neufs du nouvel esprit du capitalisme. Ces costumes n’ont évidemment pas pour but de lutter contre les inégalités et les injustices, mais de les dissimuler sous des apparats  peoples ou de la rebellocratie née dans des facultés universitaires, elles-mêmes conçues comme le prolongement idéologique des aéroports et du tourisme international. Selon cette vision, il s’agirait surtout de se soumettre à l’hégémonie multiculturaliste en attendant la liquidation et la liquéfaction de toute singularité culturelle, avec l’air de se battre contre elle.

C’est dire qu’on travaille fort pour faire de la liberté une marque de yogourt, mais bio. C’est tellement plus santé. « Applaudissons-nous, dis-je à Fred en fin de soirée. We are magnificient people, me répliqua-t-il.» On était enfin d’accord; l’ennui poursuivait son cours.  


Janvier 2020






[1] Anne Dufourmantelle, Puissance de la douceur, Éditions Payot et Rivages, 2013, p. 84.
[2] Cité par Jacques T. Godbout en exergue de L’esprit du don, Les Éditions du Boréal, 1995.
[3] George Steiner, Le Château de barbe bleue. Notes pour une redéfinition de la culture, Paris, Folio essai, 1973, p. 21.
[4] Pierre Falardeau à l’émission les Francs-tireurs https://www.youtube.com/watch?v=A-AETnoSdcw
[5] « Le retour aux sources d’Alain Deneault », Le Devoir, 13 janvier 2020.
[6] Philippe Muray, « Comment je me suis arrêté » dans Roues carrées. Nouvelles. Paris, les Éditions Arthème Fayard et Les Belle-Lettres, 2006.
[7] C’est ainsi que le multiculturalisme est défini dans Le dictionnaire historique critique du racisme, PUF, 2013,  dirigé par Pierre-André Taguieff : « Le multiculturalisme est une politique qui trouve son origine dans une stratégie mise en œuvre au début des années 1970 par Pierre Elliott Trudeau, Premier Ministre du Canada. Celui-ci entendait ainsi faire un signe en direction des minorités culturelles tout en relativisant la portée des revendications identitaires des Québécois. »

[8]   Jean-Claude Michéa, philosophe et critique dela civilisation libérale, rappelle que la lutte contre le racisme et toutes les discriminations a été théorisée par Friedrich Hayek, grand penseur de la doctrine économique ultralibérale. Dans l’article « Liberalism » rédigé pour l’Encyclopédie del novecento, Hayek affirme, selon Michéa, que « la lutte pour l’égalité formelle, c’est-à-dire la lutte contre toutes formes de discrimination basées sur l’origine sociale, la nationalité, la race, les convictions religieuses, le sexe, etc., a toujours constitué l’une des caractéristiques les plus fortes de la tradition libérale. » (La culture de l’égoïsme, Climats/Flammarion, 2012,  p. 84.)

[9] J’emprunte cette observation au psychanalyste Rolland Gori, qu’il présente dans une conférence (« Le pouvoir une imposture? ») qu’on peut écouter en ligne https://www.youtube.com/watch?v=dqTnsyrBvw4. Autour de la 11e minute, Gori analyse le conte de Hans Christian Andersen, « Les habits neufs de l’empereur ».

[10] Alain Caillé et Philippe Chanial, préface à Francesco Fistetti, Théories du multiculturalisme. Un parcours entre philosophie et sciences sociales, Éditions de la découvertes/MAUSS, 2009, p 6.
[11] Hannah Arendt, « Remarque finale » dans La tradition cachée. Le Juif comme paria, Paris, Christian Bourgois Éditeur, 1987 (1946), p. 220.
[13] Littéralement « mauvais cul », mais on pense forcément à « faux-cul » même si la traduction serait vraisemblablement « dur à cuir ».
[14] George Steiner, Préface à la bible hébraïque, Paris, Éditions Albin Michel, p. 22.

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