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La mauvaise conscience de l'Occident et la tentation de l'islam


Jacques Ellul sur la mauvaise conscience de l’Occident et la tentation de l’islam


« Il y a un refus implicite de l’Occident de mettre fin à ses gaspillages et à son expansion high-tech. On cherche au contraire à se donner bonne conscience en expliquant (comme J.J. Servan Schreiber[[1]]) que ce sont précisément ces derniers qui permettront au tiers-monde de sortir de l’impasse. Ce qui est un bluff technologique! Alors, comme suite de ce refus, de cette totale absence du raisonnable, que faut-il attendre? 

On pouvait être tranquille tant que le tiers-monde n’avait pas d’idéologie mobilisatrice. Une révolte anticoloniale de tel ou tel pays, ce n’était pas bien grave. Mais maintenant, le tiers-monde est muni d’une idéologie puissante mobilisatrice, l’islam. Celui-ci a toutes ses chances de réussir contrairement au communisme qui était encore importé d’Occident. Et c’est pourquoi le communisme échoue peu à peu dans les pays d’Amérique latine qui l’avaient adopté (sauf Cuba et en ce moment au Nicaragua), et en Chine où l’on a compris que si l’on voulait devenir le troisième grand, il fallait abandonner le communisme. Au contraire, l’islam est du tiers-monde. Il gagne à une vitesse extraordinaire toute l’Afrique noire, il mord de plus en plus en Asie. Or, c’est une idéologie à la fois unificatrice, mobilisatrice, et combattante. À partir de ce moment, nous allons être engagés dans une véritable guerre menée par le tiers-monde contre les pays développés. Une guerre qui s’exprimera de plus en plus par le terrorisme, et aussi par « l’invasion pacifique ». 

Il est clair que le tiers-monde, même en réunissant toutes ses forces, ne pourrait pas engager une guerre déclarée, frontale, sur un champ de bataille. Ni guerre des tranchées comme en 1940, ni même guerre « froide » comme en 1947, ni non plus guerre économique. Il n’aura jamais une puissance militaire suffisante ni une domination économique (on l’a bien vu avec le pétrole). Mais il a deux armes fantastiques : le dévouement illimité de ses kamikazes, et la mauvaise conscience de l’opinion publique occidentale envers ce tiers-monde. Car il est remarquable que cette Europe, qui ne peut pas se décider à prendre des mesures drastiques raisonnables pour rendre enfin
le monde vivable, subit une mauvaise conscience permanente. Dès lors d’une part il y aura un terrorisme tiers-mondiste qui ne peut que s’accentuer et qui est imparable dans la mesure où ces « combattants » font d’avance sacrifice de leur vie. Quand tout, dans notre monde, sera devenu dangereux, nous finirons par être à genoux sans avoir pu combattre. Et en même temps se produira inévitablement l’infiltration croissante des immigrés, travailleurs et autres, qui par leur misère même attirent la sympathie et créent chez les Occidentaux des noyaux forts de militants tiers-mondistes. Les intellectuels, les Églises, le PC, pour des raisons diverses, seront les alliés des immigrés et chercheront à leur ouvrir les portes plus largement. Toutes les mesures prises par le pouvoir, soit pour les empêcher d’entrer, soit pour les contrôler, rencontrera une opinion publique et des médias hostiles. Mais cette présence des immigrés, avec la diffusion de l’islam en Europe, conduira sans aucun doute à l’effritement de la société occidentale entière. Par suite de la déraison manifestée depuis vingt ans par nous, l’Occident va se trouver, sur le plan mondial, d’ici vingt-cinq ans, dans l’exacte situation actuelle de la minorité blanche Afrique du Sud, face la majorité noire. Et cela aurait été, à longue distance, l’effet de la technicisation, jouant à deux niveaux comme nous l’avons montré[2]. »


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« […] et la pire de toutes les guerres, le djihad, la guerre sainte. La pire parce qu’elle ne peut pas être assouvie. Il ne peut pas y avoir de paix. Il ne peut pas y avoir de trêve. Le djihad, c’est la guerre absolue, poursuivie sans déclaration de guerre, par tous les moyens, par des peuples rendus fous de fanatisme, et qui ne prend fin que par l’anéantissement de l’adversaire, du non-musulman. Le djihad à nouveau proclamé dans notre monde révèle l’horreur de la méchanceté illimitée[3]. »

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« On peut constater encore un accueil enthousiaste de ce qui est en réalité un défi, mais que l’on reçoit comme un cadeau et un bienfait. C’est le cas de l’Europe aujourd’hui en face de l’Islam qui est certainement la plus grave menace qu’elle ait connu depuis les grandes invasions du VIIe au Xe siècle. Mais quand je considère la France, bien plus qu’une incapacité à répondre à un défi, je rencontre une sorte de volonté suicidaire. Dans sa tête pensante, la France est prête à accueillir ce qui va l’anéantir, elle s’y livre, que ce soit d’un côté à la culture et à l’américanisation de la nourriture, des jeux, des mœurs, de l’économie, que ce soit de l’autre côté au communisme (mais celui-ci a perdu la partie), ou, plus gravement, à l’islamisation sous prétexte de la défense des travailleurs immigrés. […] En réalité c’est toute l’Europe qui, en présence des divers défis qui lui sont portés, fait preuve de pulsion suicidaire inconsciente. Tour en rejetant ses conclusions, il faut constater que finalement aujourd’hui, c’est Spengler qui a raison. Toutes ces attitudes en face du défi annoncent le déclin par incapacité du groupe social à trouver une réponse adéquate ou par ignorance du danger[4]. »


[1] Fondateur de L’express, technophile, apôtre du progrès, de la croissance économique.
[2] Jacques Ellul, Le Bluff technologique, chapitre II intitulé « Déraison », Fayard/Pluriel, 2010 (Hachette 1988), p. 427-428.

[3] Jacques Ellul, Ce que je crois, Grasset, 1987,  p, 81.
[4] Ibidem, p. 164-165.

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